le sam 23 jan 2010
LE PAD YATRA DANS LE 24 HEURES
UN INCROYABLE "MARATHON" RELIGIEUX
CORPS ET ÂME | Une Vaudoise a participé à un pèlerinage bouddhiste de 42 jours dans le nord de l’Inde.  

Très bel article paru dans le "24 Heures" du samedi 23 Janvier 2010

PHILIPPE DUMARTHERAY | 23.01.2010 | 00:01

Ils étaient six cents, en très grande majorité des moines et des nonnes bouddhistes, et quelques rares étrangers, dont Wendy Péclet-Harlow, seule Suissesse de «l’expédition». C’était en mai dernier. Tous ont parcouru 400 kilomètres en 42 jours, franchissant huit cols dont quatre à plus de 5000 mètres dans le nord de l’Inde, dans la région du Ladakh et du Zanskar. Sur le chemin parcouru par les grands maîtres du bouddhisme entre le Tibet et l’Inde et, cette fois-ci, en compagnie de Sa Sainteté le 12e gyalwang drukpa, le chef suprême d’une des lignées du bouddhisme.

«Le parcours passe par de nombreux lieux sacrés. Mais il s’agissait aussi d’aller à la rencontre des villageois, qui nous offrent à boire et à manger, pour parler avec eux de santé, d’éducation. Mais également d’environnement. Dans la région, il y a un grave problème avec les déchets. Il faut les sensibiliser sur cette question pour qu’ils renoncent au plastique, très dangereux pour les animaux», raconte la Vaudoise.

Six cents personnes à la queue leu leu
Reste que ce pèlerinage avait tout d’un marathon religieux. «On marchait dix à douze heures par jour avec un sac de quinze kilos sur le dos. Le tout avec une grande discipline. On avançait en silence, c’est une intériorisation pour garder la concentration, et à la queue leu leu.» Pour Wendy Péclet-Harlow, les conditions de ce voyage ont été particulièrement rudes. Au début, elle a souffert d’un problème de santé, un manque de fer dans l’organisme, qui l’a obligée à quitter le pèlerinage pour quelques jours, le temps de se soigner.

Lors de son retour, elle avait encore le souffle court. Elle se souvient notamment d’une jolie anecdote. «J’avais de la peine à avancer. Le drukpa était juste derrière moi. Il est venu à ma hauteur et m’a dit: «Je vous attends.» Je n’en pouvais plus mais j’ai avancé un peu plus vite pour pouvoir reprendre mon souffle, cachée derrière un petit muret. Le drukpa a aperçu mon manège et, avec un grand sourire, il m’a demandé de prendre mon temps.»

Des problèmes de santé donc, mais également une météo capricieuse. Lors de la montée du Shingola (à 5080 mètres), une majorité des 350 mulets qui accompagnaient les nonnes et les moines n’ont pas réussi à franchir le col, car ils s’enfonçaient trop dans la neige.

«Pendant quelques jours, on n’avait pas de tente, ni de sac de couchage, on était obligés de se serrer les uns contre les autres pour garder la chaleur. Heureusement, j’avais une couverture en alu avec moi. La nuit, il faisait très froid, jusqu’à –20 degrés, et le jour il y avait toujours du vent et de la poussière. On avait l’impression d’être dans un micro-ondes.»

Qu’est-ce qui a motivé Wendy Péclet-Harlow à effectuer un tel pèlerinage? «Je suis bouddhiste depuis vingt ans. J’ai d’abord suivi les enseignements d’un autre grand maître, qui est décédé en 2000. Puis le drukpa est venu en Suisse. Il fait partie des maîtres authentiques et j’aime son approche. Celle qui consiste à aller à la rencontre des gens. Chez lui, il y a la méditation, mais aussi l’action.»
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Le 12e gyalwang drukpa est une figure phare du bouddhisme

Le gyalwang drukpa est né en 1963 dans le nord de l’Inde. Très jeune, Jigmé Péma Wangchen laisse apparaître les caractéristiques d’un personnage sortant de l’ordinaire. Il est rapidement reconnu par le dalaï-lama ainsi que par d’autres grands maîtres comme l’un des principaux tulkous (lamas réincarnés) du Tibet.

Selon Wendy Péclet-Harlow, «il y a quatre écoles principales, dont celles du dalaï-lama et du drukpa (la lignée du dragon). Cette dernière, même si elle est moins connue en Occident, bénéficie du même statut que celle du dalaï-lama. L’approche du drukpa est peut-être plus méditative, plus intellectuelle, mais les valeurs sont les mêmes.»

Le gyalwang drukpa est responsable de très nombreux monastères dans les régions himalayennes, ainsi que de plusieurs centres d’études dans le monde, notamment en France, en Angleterre, à Taïwan, aux Etats-Unis et en Australie.

Il s’est engagé dans un projet d’éducation au Ladakh, où la première pierre d’un établissement important a été posée en 1996.

© DRUKPA PUBLICATION | Six cents moines et nonnes, accompagnés d’une trentaine d’Occidentaux, serpentent sans bruit dans la région du Shinkun, à plus de 5000 mètres d’altitude.

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